Cher gym…

Cher gym,

Je vais être franc et direct: notre relation débute mal. Très mal.

L’autre jour, tu me dis que je dois prendre rendez-vous une évaluation physique. Je m’y présente ce matin, plutôt grognon – c’est ce qui arrive quand on me demande de ne pas consommer de café le matin, mais bon, ce n’est pas de ta faute, tu ne fais que ton travail.

Je suis tout de même inquiet. Tu me demandes de m’inscrire un an, je me demande bien comment je vais faire de la place dans mon horaire pour venir à ta rencontre. Ce à quoi ton employée me répond «Tu n’auras qu’à regarder moins de télé». De un, je ne regarde presque pas la télé, moins par principe idéologique que parce qu’il n’y a rien de bon. De deux, cette réponse dilettante cache un discours qu’on entend bien souvent dans les sectes: «Si tu réussis, c’est grâce à la méthode; si tu échoues, c’est de ta faute». Si j’avais voulu joindre une secte plutôt qu’un gym, j’aurais apostrophé de ce pas le sympathique monsieur au crâne rasé qui chante «Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare» au métro Lucien-l’Allier.

Ça ne va guère mieux pour la suite des choses. La même employée me  demande de remplir un questionnaire où l’on demande toutes mes habitudes de vies. J’insiste: toutes. Jusqu’à mes habitudes sexuelles. Quoique, n’étant pas un expert en mise en forme, il est possible que des positions soient plus énergivores que d’autres et que tu es à ce point féru du détail que tu en viens à calculer mon activité physique au dixième de calorie près.

À défaut de cocher toutes les cases «Ce n’est pas de tes maudites affaires!», j’ai laissé le questionnaire blanc. Tu aurais dû entendre la réaction embêtée de l’entraîneur qui a regardé mon formulaire quasi-vierge: «Mais l’ordinateur pourrait ne pas calculer avec exactitude ton meilleur programme.» Si quelqu’un a besoin d’un logiciel informatique pour comprendre que prendre de la drogue ou de l’alcool à répétition est à proscrire lorsqu’on entame un programme d’activité physique, cette personne n’a pas besoin d’une inscription dans un gym mais dans une école.

Bref, ce fût une expérience désagréable. Vais-je y revenir? J’en doute fort. Mais je te promets que l’argent ainsi épargné n’ira pas dans les poches de la pataterie du coin. Ou des Krishnas.

Love,

Moi

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